CFMOTO a remporté les trois catégories Adventure des Red Bull Romaniacs 2026. Mais derrière ce carton plein, cette édition a surtout confirmé l’émergence d’une nouvelle discipline, encore à la recherche de ses règles et de la moto idéale. Entre trails légers profondément modifiés et grosses cylindrées proches de la série, la course aux armements ne fait que commencer.
Il y a encore peu, engager un trail bicylindre dans les Red Bull Romaniacs relevait presque du numéro de cirque. En 2026, le Hard Adventure est devenu une véritable compétition, réunissant une centaine de concurrents répartis entre trois catégories : Adventure Ultimate, Core et Lite. Pendant cinq jours, pilotes et machines ont affronté les pistes des Carpates, des passages de hard enduro, une ancienne mine de charbon et la spectaculaire montée finale de Sibiu.
Pour sa deuxième saison seulement au sein des Romaniacs, la discipline a progressé bien plus rapidement que ne l’imaginait son organisateur. Le niveau des pilotes, le taux élevé de finishers et surtout la préparation des motos montrent que le Hard Adventure est déjà entré dans une nouvelle phase.
CFMOTO rafle tout
CFMOTO avait clairement décidé de faire de cette édition 2026 une démonstration. La marque chinoise alignait pas moins de 43 motos dans les différentes catégories : 39 exemplaires de la 450MT, deux 800MT-X et deux 1000MT-X.
En Adventure Ultimate, Mario Román a parfaitement concrétisé cet engagement. Débutant dans la discipline, mais fort de son immense expérience du hard enduro, l’Espagnol a remporté le prologue ainsi que trois des quatre journées off-road. Il s’impose finalement avec 14 min 40 s d’avance sur Pol Tarrés et sa Yamaha Ténéré 700.
La réussite de CFMOTO ne s’arrête pas là. René Columna remporte l’Adventure Core sur une autre 450MT, devant Sam Sunderland et sa Triumph Tiger 900 Rally Pro. En Adventure Lite, Guishu He devance Adrian Răduță et Matěj Oliva, tous trois engagés sur des CFMOTO 450MT. Avec trois victoires de catégorie, la marque chinoise signe donc un résultat difficilement imaginable avant le départ.

Trois motos, trois philosophies
Le podium de l’Adventure Ultimate résume à lui seul les interrogations qui entourent encore cette jeune discipline. Mario Román s’impose avec une CFMOTO 450MT légère et fortement préparée. Pol Tarrés termine deuxième avec une Yamaha Ténéré 700, tandis que Dieter « Didi » Rudolf place une imposante KTM 890 Adventure sur la troisième marche. Trois cylindrées, trois niveaux de puissance et trois manières très différentes de concevoir une moto de Hard Adventure. Pour l’instant, aucune recette ne semble donc s’imposer définitivement.
Derrière eux, Kevin Gallas termine quatrième sur une autre Ténéré 700 et devient le premier concurrent Adventure à franchir la redoutable montée finale de Sibiu. Jonny Walker prend quant à lui la sixième place avec une Triumph Tiger 900 Rally Pro de près de 220 kg, très proche du modèle de série. Sam Sunderland mène une machine similaire jusqu’au deuxième rang de l’Adventure Core.
Ces résultats démontrent que l’allégement ne constitue pas encore l’unique voie possible. Les motos les plus légères prennent naturellement l’avantage dans les passages techniques, mais les gros trails conservent pour eux leur puissance, leur stabilité et leur capacité à encaisser les longues journées de course.
Des trails bientôt préparés comme de vraies motos de course
La tendance est néanmoins claire : les machines vont devenir de plus en plus spécialisées. Certaines motos engagées cette année auraient déjà perdu jusqu’à 40 kg par rapport aux versions commercialisées. Suspensions spécifiques, protections renforcées, éléments superflus supprimés et travail poussé sur la fiabilité composent désormais le programme des équipes les plus ambitieuses.
Les constructeurs disposent ici d’un nouveau laboratoire grandeur nature. La compétition devrait rapidement accélérer le développement de pièces et d’accessoires destinés à améliorer les capacités tout-terrain des trails de série. Elle pourrait également donner naissance à des versions encore plus radicales, directement inspirées des motos engagées aux Romaniacs.
Mais cette évolution posera forcément une question : jusqu’où peut-on transformer un trail avant qu’il ne perde son lien avec la machine accessible au public ? Le contraste entre la CFMOTO 450MT préparée de Mario Román et les Triumph Tiger 900 presque de série de Walker et Sunderland montre déjà les deux directions possibles. L’avenir du Hard Adventure se jouera probablement entre ces deux visions, même si Tom Barrer en imaginerait bien une troisième, avec la tente et les valsies en mode « Full Trophy ».

Les Romaniacs promettent déjà de durcir le jeu
L’organisation elle-même reconnaît avoir été surprise par le niveau atteint en seulement deux éditions. Malgré un tracé conçu pour éprouver sérieusement les concurrents, le nombre de pilotes ayant rejoint l’arrivée s’est révélé bien supérieur aux prévisions.
Martin Freinademetz, fondateur des Red Bull Romaniacs, l’a donc annoncé : l’épreuve devra à son tour élever son niveau dès la prochaine édition. Il faut s’attendre à des parcours plus sélectifs et à des difficultés mieux adaptées aux progrès rapides des pilotes comme des machines.
Le succès rencontré auprès du public et sur les réseaux sociaux devrait également attirer davantage de constructeurs et de pilotes professionnels. Après CFMOTO, Yamaha, KTM et Triumph, d’autres marques pourraient être tentées de développer de véritables programmes officiels. Le Hard Adventure pourrait alors devenir un nouveau terrain d’affrontement pour les trails de moyenne et grosse cylindrée.
Avant l’édition 2026, la question était encore de savoir si ces motos avaient vraiment leur place sur un parcours de hard enduro. Elles viennent d’y répondre. Désormais, il reste à découvrir jusqu’où les constructeurs, les pilotes et les organisateurs seront prêts à pousser le concept.

