Interview : 5 questions à Thibault Verhaeghe, nouveau président du CODEVER

Après vingt années à la tête du Collectif de Défense des Loisirs Verts (CODEVER), Edyth Quincé a mis un terme à ses fonctions de présidente. C’est le trailiste et vététiste Thibault Verhaeghe, élu délégué de la Dordogne en 2021, qui la remplace depuis le début de cette année. Sa devise : « Soyez respectable pour être respecté. » Nous l’avons rencontré.

1. Vous venez d’être élu à la présidence du CODEVER et vous êtes vous-même pratiquant de trail : en quoi votre expérience personnelle de la moto et des loisirs verts va-t-elle influencer votre vision et vos priorités à la tête de l’association ?

J’ai commencé le trail à moto en 2013 avec une KTM 1190 Adventure, une machine que j’utilisais aussi bien sur route que sur chemins, avec notamment un Tour de France par les départementales, la Route des Grandes Alpes, plusieurs tours de Corse, ou encore le désert des Bardenas en Espagne. Des voyages où l’on prend le temps de traverser les territoires, de comprendre les paysages et de respecter les espaces empruntés. C’est cette vision du trail comme outil de découverte et de liberté, bien plus que comme une simple pratique sportive, qui a forgé mon approche. Par la suite, j’ai volontairement fait évoluer ma manière de rouler en passant sur des trails plus simples et plus légers (deux Suzuki DR), afin de partager cette passion avec ma femme sur les chemins. Cette période a été essentielle : elle m’a initié à une pratique plus accessible, plus conviviale, et surtout plus attentive aux autres usagers et aux lieux traversés. Aujourd’hui, je roule sur une KTM 890 Adventure R version “Raid”, entièrement équipée et personnalisée par mon concessionnaire. Avec cette moto, j’ai notamment réalisé la Transpyrénéenne, plusieurs tours de Corse, dans un esprit toujours tourné vers le voyage, l’aventure et le respect des chemins. C’est une machine capable d’un usage engagé, mais que j’utilise avec la même philosophie : rouler loin, longtemps et de manière responsable. Ce parcours reflète ma vision du trail et des loisirs verts. Il n’existe pas une seule manière de pratiquer : chacun évolue selon son expérience, ses envies et son environnement. Cette diversité est une richesse, et c’est précisément ce que je souhaite défendre au sein du CODEVER : une pratique responsable, respectueuse et durable, inscrite dans le dialogue et la réalité du terrain.

2. Le CODEVER a récemment obtenu plusieurs victoires importantes, notamment l’annulation de certaines restrictions d’événements. Comment analysez-vous ces succès et qu’est-ce qu’ils disent de l’état actuel des loisirs motorisés en France ?

Les succès récents du CODEVER, qu’il s’agisse de l’annulation de certaines restrictions injustifiées ou de dossiers très visibles comme la rando Cocorico, montrent avant tout une chose : le droit existe et peut être efficacement mobilisé lorsque l’on s’en donne les moyens. Ces décisions ne sont pas anecdotiques ; elles rappellent que la pratique des sports de nature, même motorisés, et l’organisation d’événements ne peuvent pas être remises en cause sur la base d’idéologies ou de pressions locales.

Ces victoires sont le fruit d’un travail de fond : analyse juridique rigoureuse, constats précis sur le terrain, dialogue lorsque cela est possible, et recours lorsque cela devient nécessaire. Elles démontrent aussi que le CODEVER est aujourd’hui identifié comme un acteur sérieux, compétent et légitime, capable de défendre les pratiquants des sports de nature sans posture excessive, mais avec fermeté. Concernant l’état actuel des sports de nature en France, nous sommes dans une période de fortes tensions, marquée par des interprétations de la réglementation, des décisions parfois prises par précaution ou sous pression, et une tendance à l’interdiction plus facile que la concertation. Dans ce contexte, chaque victoire juridique rappelle que les sports de nature, y compris les pratiques motorisées, ne sont ni hors la loi, ni incompatibles avec la protection de l’environnement. Enfin, ces succès envoient un message clair aux pratiquants : s’organiser, se former, respecter les règles et soutenir une structure comme le CODEVER est essentiel. La liberté de pratiquer les sports de nature ne va pas de soi ; elle se défend collectivement, dans le calme mais avec détermination. Mon objectif, en tant que président, est de poursuivre cette dynamique : consolider nos acquis mais aussi prévenir les conflits.

3. Au-delà de ces victoires, quels sont aujourd’hui les principaux combats que vous souhaitez mener dans les mois et années à venir pour défendre les pratiquants de loisirs verts ?

Les combats à venir du CODEVER s’inscrivent dans une vision de fond : défendre durablement tous les sports de nature dans un contexte de plus en plus contraint. Le premier enjeu reste celui de l’accès aux chemins et aux espaces naturels. Partout en France, nous constatons une multiplication de fermetures, d’arrêtés ou d’interprétations abusives du droit. Notre priorité est de continuer à rappeler le cadre légal, d’accompagner les acteurs locaux et d’intervenir lorsque des décisions sont prises sans base réglementaire solide. Il ne s’agit pas d’être dans l’affrontement systématique, mais de garantir que les règles existantes soient appliquées de manière équilibrée et proportionnée. Un deuxième combat majeur concerne la reconnaissance des pratiquants comme des usagers responsables. Trop souvent, les sports de nature, notamment lorsqu’ils sont motorisés, sont présentés de manière caricaturale ou négative. Le CODEVER continuera à promouvoir les bonnes pratiques, la pédagogie et la responsabilisation sur le terrain, car notre crédibilité passe aussi par l’exemplarité des pratiquants eux-mêmes. Un point essentiel, et de plus en plus stratégique, est la nécessité de renforcer notre communication. Aujourd’hui, nos détracteurs utilisent largement les outils de communication pour diffuser leur vision, parfois idéologique ou déconnectée de la réalité du terrain. Si nous laissons cet espace vide, d’autres l’occupent à notre place. Le CODEVER doit donc expliquer, informer, rétablir les faits, déconstruire les idées reçues et valoriser les pratiques responsables. Communiquer n’est pas faire de la polémique : c’est donner une information équilibrée et factuelle. À cela s’ajoute un autre enjeu fondamental : la nécessité d’un véritable travail de lobbying, au sens noble du terme. Trop souvent, les pratiquants et leurs représentants sont uniquement placés en position défensive, réagissant à des projets déjà construits. Nous devons au contraire être proactifs, présents en amont des décisions, auprès des élus, des administrations et des instances de concertation. Faire entendre la voix des pratiquants des sports de nature, et pas seulement celle des loisirs motorisés, c’est participer à l’élaboration des politiques publiques, pas seulement les subir. Nous souhaitons également renforcer le dialogue avec les collectivités territoriales et les gestionnaires d’espaces naturels. Beaucoup de tensions naissent d’une méconnaissance mutuelle. Le rôle du CODEVER est d’être un interlocuteur fiable, capable d’expliquer les usages, le droit et les contraintes des territoires, tout en proposant des solutions concrètes et pragmatiques plutôt que des interdictions de principe. Enfin, un axe fondamental pour les mois et années à venir est la structuration et l’information des pratiquants. Défendre les sports de nature est un effort collectif. Cela passe par une meilleure diffusion de l’information juridique, l’accompagnement des clubs, des organisateurs et des pratiquants individuels, afin que chacun sache où il peut pratiquer, comment et dans quel cadre réglementaire.

4. Que souhaitez-vous apporter de nouveau au CODEVER ?

En tant que président, je souhaite apporter au CODEVER plus de visibilité, plus de réactivité et plus d’anticipation. L’enjeu n’est pas de changer l’ADN de l’association, mais de l’adapter aux réalités actuelles des sports de nature. Cela passe d’abord par une image plus lisible et plus proactive : mieux communiquer, expliquer nos positions, occuper l’espace public et institutionnel pour ne plus laisser le débat se construire sans les pratiquants. Défendre, oui, mais aussi proposer. Sur le plan stratégique, je souhaite rendre l’organisation plus agile, avec la création de groupes de travail thématiques plus autonomes. L’objectif est simple : gagner en expertise, en rapidité d’action et en capacité de réponse, aussi bien sur le juridique que sur la communication ou le dialogue avec les territoires. Le CODEVER doit pouvoir agir vite, localement comme nationalement, sans attendre que les situations se dégradent. Enfin, je veux consolider un dialogue exigeant mais constructif avec les institutions, les collectivités et les autres usagers de la nature. La cohabitation ne se décrète pas, elle se construit. Le CODEVER doit être reconnu comme un interlocuteur sérieux, force de proposition et pleinement engagé dans une approche responsable des sports de nature.

5. Sur le terrain, le CODEVER repose sur ses adhérents : observez-vous une évolution du nombre d’adhésions et du profil des membres, et qu’attendez-vous concrètement d’eux pour renforcer le poids de l’association ?

Sur le terrain, le CODEVER repose effectivement avant tout sur l’engagement de ses adhérents. Après une hausse des adhésions sur les deux dernières années, le nombre d’adhérents est aujourd’hui plutôt stable (plus de 3 000, en incluant les clubs et les sociétés), ce qui montre que nous avons atteint un socle solide. À travers nos membres, nos relais et nos actions, le CODEVER touche environ 20 000 personnes partout en France. Le profil des adhérents est volontairement large et représentatif des sports de nature. Le CODEVER rassemble des pratiquants de trail, pleinement inscrits dans les sports de nature, mais aussi de vélo, de marche, de pratiques multi-activités, etc., aux côtés de clubs, d’organisateurs et d’usagers attachés à la liberté de circulation et à une pratique responsable des espaces naturels. Cette diversité est une force : elle reflète la réalité du terrain et renforce la légitimité de notre action. Un point essentiel tient à notre indépendance. Le CODEVER ne dépend pas des subventions publiques pour fonctionner. C’est un choix assumé, gage de liberté de ton et d’action. Cette indépendance nous permet de défendre les pratiquants en toute transparence, sans contrainte politique ou institutionnelle, uniquement sur la base du droit, des faits et de l’intérêt général. Pour renforcer notre efficacité, l’équipe s’est également étoffée récemment, avec notamment l’embauche d’une juriste (Julie), bien connue de la rédaction de Trail Adventure, et nous investissons davantage dans la communication. Ces moyens sont indispensables pour mieux informer, mieux réagir et mieux faire entendre la voix des pratiquants face à ceux qui occupent déjà largement l’espace médiatique. Ce que j’attends concrètement des adhérents est simple : s’engager avant qu’il ne soit trop tard. Adhérer au CODEVER après une verbalisation ou une interdiction, c’est souvent déjà agir en réaction. Défendre la liberté de circulation de façon responsable, c’est maintenant. Plus nous sommes nombreux, organisés et impliqués, plus notre parole pèse face aux décideurs. Enfin, j’attends des adhérents qu’ils soient aussi des acteurs responsables sur le terrain : relais locaux, sources d’information, exemples de bonnes pratiques. Le CODEVER ne peut pas agir seul ; sa force repose directement sur l’engagement collectif. En résumé, adhérer au CODEVER, ce n’est pas simplement se protéger individuellement : c’est contribuer activement, aujourd’hui, à la défense durable des sports de nature et des libertés de pratique de demain. Le CODEVER est reconnu d’intérêt général, une preuve supplémentaire de la légitimité et de la pertinence de ses actions au service de l’intérêt collectif. Cette reconnaissance confirme le sérieux de son engagement.

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